L’adultère reste l’un des motifs les plus invoqués de divorce pour faute. Mais la procédure obéit à des règles précises, et la question des preuves a connu une évolution importante en 2023. Comprendre ce qui est recevable et comment se déroule la procédure est essentiel pour défendre ses intérêts.

Table des matières
COMPRENDRE

Le divorce pour faute : principe et motifs

Le divorce pour faute (article 242 du Code civil) permet à un époux de demander la dissolution du mariage lorsque l'autre a commis une violation grave ou renouvelée des devoirs du mariage, rendant intolérable le maintien de la vie commune.

Les fautes les plus fréquentes

Outre l'adultère, plusieurs comportements peuvent constituer une faute :
• Violences physiques ou psychologiques ;
• Abandon du domicile conjugal ;
• Injures, humiliations, comportements déloyaux ;
• Refus de contribuer aux charges du mariage.

L'ADULTÈRE

L'adultère comme cause de divorce

L'adultère constitue une violation du devoir de fidélité prévu à l'article 212 du Code civil. Il n'est plus une infraction pénale depuis 1975, mais demeure une faute civile susceptible de fonder un divorce pour faute lorsqu'il rend le maintien de la vie commune intolérable. Le juge apprécie souverainement la gravité de la faute et ses circonstances.

LES PREUVES

Quelles preuves de l'adultère sont recevables ?

Le principe : la liberté de la preuve

En matière de divorce, la preuve est libre : l'adultère peut être établi par tout moyen (article 259 du Code civil). Les modes de preuve les plus solides sont :

• Le constat dressé par un commissaire de justice (ex-huissier) ;
• Les attestations de témoins, conformes au formalisme de l'article 202 du Code de procédure civile ;
• Les échanges électroniques (SMS, e-mails, messages) ;
• Les aveux ou la correspondance entre époux.

L'évolution majeure de 2023 sur les preuves déloyales

C'est le point le plus important, et le plus mal connu. Jusqu'en 2023, une preuve obtenue de manière déloyale (à l'insu de la personne, par stratagème) était systématiquement écartée. Par un revirement retentissant, l'Assemblée plénière de la Cour de cassation, le 22 décembre 2023 (n° 20-20.648), a mis fin à ce rejet automatique.

Désormais, le juge civil peut admettre une preuve obtenue de façon déloyale, à condition qu'elle soit indispensable à l'établissement du fait allégué et que l'atteinte aux droits de la partie adverse (notamment le respect de la vie privée) soit strictement proportionnée au but poursuivi. Cela ne signifie pas que tout est permis : le juge procède à une mise en balance, et la voie loyale reste à privilégier. Mais une preuve autrefois écartée peut aujourd'hui être examinée. Cette évolution change la stratégie probatoire, et justifie plus que jamais les conseils d'un avocat avant de produire une pièce sensible.

LA PROCÉDURE

Les étapes de la procédure

Le divorce pour faute est une procédure contentieuse :

• Assignation devant le tribunal judiciaire (juge aux affaires familiales), exposant les griefs et les preuves ;
• Audience d'orientation et sur mesures provisoires, où le juge fixe les mesures pour la durée de l'instance ;
• Mise en état (échanges de conclusions et de pièces) puis plaidoirie ;
• Jugement : prononcé du divorce, répartition des torts, prestation compensatoire, mesures relatives aux enfants, partage des biens.

La représentation par avocat est obligatoire. La durée moyenne est de 12 à 24 mois selon la complexité.

LES CONSÉQUENCES

Les conséquences d'un divorce pour adultère

Torts et dommages et intérêts

Le divorce peut être prononcé aux torts exclusifs de l'époux fautif. Le conjoint victime peut obtenir des dommages et intérêts, soit sur le fondement de l'article 266 du Code civil (conséquences d'une particulière gravité), soit sur celui de la responsabilité civile de droit commun (article 1240).

Enfants et patrimoine

L'adultère n'entraîne pas automatiquement de conséquence sur la résidence des enfants : le juge statue dans leur seul intérêt, et la faute conjugale n'y joue que si le comportement a un impact sur eux. La pension alimentaire pour les enfants reste due. Le partage des biens suit le régime matrimonial ; la faute n'en modifie pas les règles, hormis l'éventuelle allocation de dommages et intérêts.

Le rôle

Le rôle de l'avocat

L'avocat vous accompagne dans la recherche de preuves recevables — un enjeu d'autant plus sensible depuis 2023 —, rédige les conclusions exposant les fautes, anticipe les arguments adverses et vous représente devant le juge. Il protège vos intérêts patrimoniaux et parentaux et apprécie l'opportunité même d'un divorce pour faute, parfois moins favorable qu'un divorce accepté selon les situations.

POUR ALLER PLUS LOIN

Vous êtes concerné par un appel en divorce ?

Selon votre situation, ces pages du cabinet peuvent vous être utiles :

Le divorce pour faute n’est pas toujours la meilleure voie : notre article sur le divorce sans consentement mutuel compare les options. Voyez aussi nos fiches divorce contentieux et prestation compensatoire.

FAQ

Questions fréquentes

La preuve est libre (art. 259) : constat de commissaire de justice, attestations, messages, aveux. Depuis le revirement du 22 décembre 2023, une preuve même déloyale peut être recevable si elle est indispensable et l’atteinte proportionnée.

Plus systématiquement écartée depuis 2023. Le juge met en balance le droit à la preuve et la vie privée. Mieux vaut toutefois privilégier une preuve loyale : demandez conseil à un avocat avant de produire une pièce sensible.

Non. Violences, abandon, injures ou manquements graves aux devoirs du mariage peuvent aussi le justifier (art. 242).

Oui, si la faute a causé un préjudice (art. 266 ou 1240 du Code civil), notamment en cas de conséquences d’une particulière gravité.

Oui, la représentation est obligatoire devant le tribunal judiciaire pour un divorce contentieux.

L'ESSENTIEL

En résumé

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Un avocat en droit du divorce à Toulon

Maître Isabelle Lacombe-Brisou, avocate au barreau de Toulon, conduit les procédures de divorce pour faute : appréciation de l’opportunité, stratégie probatoire (notamment au regard de l’évolution de 2023), conclusions et représentation devant le juge aux affaires familiales.